Silvia Costa

Last February, Kulturstruktur had the chance to meet with Silvia Costa again. She is the artistic collaborator of Romeo Castellucci, but proposes more and more the results of her own research, sharp and precise creations.

Since our meeting, new opportunities occurred and Silvia starts with her latest creation A sangue freddo, on July 22nd.

To complete the interview that we’ve made during the creation of Oedipus Tyrant (text by Hölderlin, production by Romeo Castellucci, on which Silvia collaborated), she wrote us a text explaining eloquently how the theatre chooses her, how she understands the meeting with the public, how creation has a weight and limits, not in what it treats, but in how the subjects and ideas are contained in unique forms written in well delimited spaces.

Creation is never a serene act. 

It is a fight that leaves its scars.

Because it is the only act of my life which exposes my being, defines me and gives birth/death over and over again.

It is diabolic like a doubled, divided force.

Sometimes it rejects me and tries to carry me away. Sometimes it appears and calls me, it attracts me and allows me to remain close to it; and all this is done not because of the power of fullness but because of the power of void.

It sounds like a voice, from which seems to come a direction, and yet the only thing that derives from it is the reverberation. Its echo, propagated and repeated like in a canyon.

For me, images are related to desire.

The moment an idea is created inside of me, I know that it comes as an answer to a need, from a call to myself in awareness of the world where I live, in relation to a reality which surrounds and strikes me, and that I want to seize, or on the contrary, I want to change and escape it.

I chose theatre and the living forms of art, because they are many languages seeking to restore the strangeness and contradiction of the human being. They are forms of art who open up the possibility of letting in elements of any kind; they are spaces where one can invent new methods and manners of holding these elements together; and the simple fact of being in front of a living person for a precise time, in the moment of meeting the audience (the moment where the work exists) becomes a unique event, irreplaceable.

One cannot come to the completion and the definition of these forms because their distinctive characters are inaccuracy, fragility and continuous, unstable precariousness of the search and decision for what is an exact and final form.

For that I wander, I rove to research.

I chose theatre (or it chose me), because I need a present, a here and now.

Of life.

At the time of theatre I – spectator hold you there. You –  actor cannot hide yourself anymore, you cannot have any intimacy but with whom is opposite of you, and he looks at you, strips you naked with his eyes. You must be ready for the sacrifice of your own revealing, to expose yourself to the constrained visibility, to make the stage your territory, to put your brands, your signs, to face the error in repetition, to deprive yourself of your body for this time and throw it on the pyre, under the sight of others. Not hearing your needs, your organes, emptying yourself and making room for what you must be at that moment.

Not making yourself recognisable, just seeking to make you believable.

To express myself, I do not have other means than my body. My presence. On the stage, in the world. I feel the vital need to move. Even if in the search of a gesture or an idea, I start by imposing myself strict limits. In exceeding or destroying these limits lies the development of my idea, it is my creative process. I cannot remain in an empty space without knowing what problem I have to solved, and where it leads me.

Thus my time within the space of repetitions is often short. Absorbed.

I must enter it knowing well what my research is.

I do neither believe in freedom in art, nor in improvisation in creation. Perhaps because these two practices never brought me anywhere.

And indeed, the void is always a painful feeling to me, related to my being, to what I am.

My work does not need opening, but closure. It must be compressed. Under pressure.

Silvia Costa

The upcoming events:

A sangue freddo

22nd July: Teatro Franco Parenti, Milano

18th-20th September: Festival Es-terni, Terni

26th September: Contemporanea Festival, Prato

3rd October: Crisalide Festival, Forlì

La Ginnastica del guerriero

23rd-24th October: Teatro di Cagliari

La dimora del lampo

14th-18th December: Théâtre de Gennevilliers, Paris

More info on Silvia Costa’s website


En février dernier, Kulturstruktur a  eu la chance répétée de rencontrer à nouveau Silvia Costa, qui est la collaboratrice artistique de Romeo Castellucci, mais qui de plus en plus propose ses propres recherches abouties à des créations précises. 

Depuis notre rencontre, les propositions ont avancé et l’actualité de Silvia redémarre autour de sa dernière création A sangue freddo, le 22 juillet prochain.

Pour compléter l’entretien qu’elle nous a accordé pendant la création d’Oedipus Tyrann (texte de Hölderlin, mise en scène Romeo Castellucci, sur laquelle Silvia a collaborée). Elle nous a aussi confié un texte où elle explique avec finesse comme le théâtre la choisit, comment elle apprivoise la rencontre avec le public, comment la création a un poids et des limites, non pas dans ce qu’elle traite, mais de quelle façon les sujets et idées sont contenues dans des formes uniques inscrites dans des espaces bien délimités. 

La création est jamais un acte serein.

C’est une lutte qui porte des cicatrices.

Parce qu’elle est le seul acte de ma vie qui expose mon être,

me définit et me donne naissance / mort sans cesse.

C’est diabolique comme une force double, divisée.

Parfois elle me rejette et essaye de m’éloigner. Parfois elle se me révèle et m’appelle, elle m’attire et me permet de rester proche d’elle; et tout ceci elle ne le provoque pas grâce à la puissance du plein, mais à celle du vide.

Elle ressemble à une voix, de laquelle il semble découler le sens, et pourtant il ne parvient d’elle que sa réverbération. Son écho, qui se propage et se répète comme dans un grand canyon.

Les images ont pour moi une relation avec le désir.

Le moment où une idée est créée à l’intérieur de moi, je sais que cela vient en réponse à un besoin,

à un appel que je fais à moi-même en considération du monde où je vis, par rapport à une réalité qui m’entoure et qui me frappe, que je veux saisir, ou au contraire, je veux changer et de laquelle je veux m’échapper.

J’ai choisi le théâtre et les formes d’art vivantes, parce qu’ils sont autant de langages qui cherchent à restituer l’étrangeté et la contradiction de l’être humain. Ce sont des formes d’art qui ouvrent la possibilité de faire entrer des éléments de tout genre; ce sont des espaces où on peut inventer des nouvelles méthodes et des manières de tenir ensemble ces éléments; et le simple fait de se trouver pendant un temps précis en face d’une personne vivante, dans le moment de la rencontre avec le public (le moment où le travail existe) devient un événement unique, irremplaçable.

On ne peut pas venir à un achèvement et à une définition de ces formes parce que leurs caractères distinctifs sont l’inexactitude, la fragilité et la précarité continue et instable de la recherche et de la décision de ce qu’est une forme exacte et finale. 

Pour cela j’erre, je vagabonde à la recherche.

J’ai choisi le théâtre (ou il m’a choisi), parce que j’ai besoin d’un présent, d’un ici et maintenant. 

D’une vie. 

Au moment du théâtre Je – spectateur te tiens là. Tu- acteur ne peut plus te cacher, tu ne peux plus avoir d’intimité qu’avec celui qui est là en face de toi, et il te regarde, il te dénude avec ses yeux. Tu doit être prêt au sacrifice de te révéler, de te donner à la visibilité forcée, faire du plateau ton territoire, mettre tes marques, tes signes, braver l’erreur dans la répétition, te priver de ton corps pour cet temps et le mettre au bûcher, dans le regard de l’autre. Pas entendre tes besoins, tes organes, te vider et faire de la place pour ce que tu dois être en ce moment.

Ne pas te faire reconnaître, chercher juste de te faire croire.

Pour m’exprimer je n’ai pas d’autres moyens que mon corps. Ma présence. Sur la scène, dans le monde. Je ressens le besoin vital de bouger. Même si dans la recherche d’un geste ou d’une idée, je commence en me donnant des limites strictes. Dépasser ou détruire ces limites est le développement de mon idée, c’est mon processus de création. Je ne peux pas rester dans un espace vide sans savoir quel est mon problème à résoudre, et où il m’amène.

Donc mon temps dans l’espace des répétitions est souvent court. Absorbé.

Je dois y entrer en sachant bien quelle est ma recherche. 

Je ne crois pas à la liberté dans l’art, ni à l’improvisation dans la création. Peut-être parce que ces deux pratiques ne m’ont jamais amené à rien.

Et en effet, le vide est toujours pour moi un sentiment douloureux, lié à mon être, à ce que je suis.

Mon travail n’a pas besoin d’ouverture, mais de fermeture. Il doit être comprimé. Sous pression.

Silvia Costa 

Les prochains spectacles et les dates:

A sangue freddo

22 juillet: Teatro Franco Parenti, Milano

18-20 septembre: Festival Es-terni, Terni

26 septembre: Contemporanea Festival, Prato

3 octobre: Crisalide Festival, Forlì

La Ginnastica del guerriero

23-24 octobre: Teatro di Cagliari

La dimora del lampo

14-18 décembre: Théâtre de Gennevilliers, Paris

Plus d’informations sur le site de Silvia Costa

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